N°102 - mars 2011

Éditorial et sommaire

La mer, un grand paysage - Alors qu'est annoncé un appel d'offres pour l'implantation de parcs éoliens en mer sur cinq sites français(1), la question du paysage, qui intéresse pourtant un vaste public(2), reste en marge de ce chantier. Certes, les ‘trois piliers' du développement durable définis lors du sommet de Rio, à savoir l'économique, le social et l'écologique, ne l'intègrent pas a priori.

Certains ont d'ailleurs évoqué la nécessité d'ajouter un quatrième pilier qui serait le culturel, où le paysage trouverait sans doute sa place. Si l'idée de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables, dont le vent, est incontestable, est-il sensé de transformer, sans études sérieuses d'impact paysager, un grand paysage ‘naturel' (aux phares et balises près) en paysage industriel (éléments et disposition formatés) ? Répondre à la question par quelques images de synthèse figurant la perception que l'on aura depuis les côtes des rangées d'éoliennes en mer ne suffit pas. La hauteur des ‘allumettes' que l'on verra se profiler sur la ligne d'horizon - en fait à différentes profondeurs de champ selon la visibilité du jour - n'est qu'une petite partie du problème. L'essentiel est le changement d'un horizon infini, vierge de toute intervention humaine et porte ouverte à tous les rêves de voyage au bout du monde, pour un horizon habité par les activités humaines, de jour comme de nuit (lumières de repérage), et par là limité car situé. Les institutions d'État compétentes en matière de développement durable et de milieu marin (l'Ademe et l'Ifremer) ont dressé un atlas des sites jugés favorables pour des raisons géographiques et économiques (nature et relief des sols, distance à la côte, vents) et au regard des gênes occasionnées qui concernent divers acteurs : les pêcheurs qui défendent leur territoire, les organismes en charge de la circulation maritime et les navigateurs, les responsables politiques locaux et aussi, en principe, le public. L'idée simple, pour préserver le paysage, est d'installer les parcs d'éoliennes le plus loin possible pour les voir et les entendre le moins possible. Pourtant, on peut apprécier des paysages portuaires hérissés de grues et habités de grands navires, de containers et de hangars, ou, ailleurs, des ports de plaisance truffés de mâts3. Dans certains cas, positionner ces parcs en relation visuelle avec des sites industrialo-portuaires, dont l'échelle s'accorde avec celle des futures éoliennes4, serait moins néfaste que d'implanter au large (de 10 à 30 km des côtes) une nouvelle forme d'étalement urbain. Si l'on considère que la mer est autre chose qu'un "gisement" de ressources à exploiter (poissons, algues, sable, vent, courant, eau...), il faut associer aux études, dès la phase amont (choix des sites), des paysagistes familiers du grand paysage et, si possible, marins, car la mer existe en elle-même et pas seulement vue de la terre.
Gwenaël Querrien

1 - Cf. Brèves p. 25 et www.debatpublic-eolien-en-mer-org.
2 - Sur les dimensions multiples du travail des paysagistes, cf. p. 13, programme Cité, les expositions "La Ville fertile" et "Burle Marx". Cf. aussi, p. 22, "Les jardins font la ville".
3 - Ainsi les quelques éoliennes à la sortie du port de Bilbao font-elles partie du paysage.
4 - Par ex., le site C-Power en Belgique, à 30 km des côtes, comportera au final 60 éoliennes (6 réalisées) de 157 m de hauteur totale, à intervalle d'environ 800 m, les rotors ayant 126 m de diamètre. Le site produira 325mw, c-à-d les besoins de 600 000 habitants.

 

 

Au sommaire

 

"Médiathèque d'Oloron-Sainte-Marie", par François Lamarre
Médiathèque intercommunale du Piémont oloronais, rue des Gaves, Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantique). Médiathèque multisupports pour un bassin de vie de 25 000 habitants + parvis public + parc de stationnement de 44 places. Maîtrise d'ouvrage : communauté de communes du Piémont oloronais (CCPO). Maîtrise d'œœuvre : Pascale Guédot architecte, Virginie Gloria chef de projet, Cédric Dartois et Valérie Astrie assistants. Surfaces : médiathèque 2 700 m2 SHON pour 2 300 m2 utiles, parvis 1.255 m2, parc de stationnement 1 110 m2. Maîtrises d'œuvre connexes : RFR pour les 2 passerelles et Horizon/Michel Corajoud paysagiste pour l'aménagement des berges et abords. Coût construction : 5,5 M€€ HT (médiathèque) + 2,1 M€€ HT (parc 44 places) + 1,3 M€€ HT (passerelles). Calendrier : concours 2005-2006, travaux septembre 2007 à mars 2010, ouverture juin 2010.

"Lyon, foyer industrialisé pour sans-abri", par Florence Accorsi
La Maison de Rodolphe, 105 rue Villon, Lyon 8e (Rhône). Structure d'accueil d'une capacité d'hébergement de 40 places avec une équipe de 15 salariés et bénévoles, composée de trois bâtiments + un chenil. Maîtrise d'ouvrage : Foyer Notre-Dame des sans-abri de Lyon. Maîtrise d'œœuvre, économie, BET structure, fluides, VRD : Patriarche & Co. Aménagement des abords/VRD : Bertrand & Duron. Surface : 1 761 m2 SHON. Coût : 2 M€€ HT. Calendrier : début des travaux juin 2010, livraison novembre 2010.

"Abu Dhabi : ouvrages d'art et espace public à Al Raha Beach", par Simon Texier
Passerelles et ponts à Al Raha Beach, Abu Dhabi, Émirats arabes unis. Maîtrise d'ouvrage : Aldar Properties. Maîtrise d'œuvre, conception architecturale : RFR. Maîtrise d'œuvre, conception ingénierie : RFR études préliminaires (tous les ouvrages) et études de projet (ouvrages métalliques) ; Cansult Maunsell/Aecom études de projet (ouvrages béton). Maîtrise d'œœuvre réalisation : RFR pour l'architecture et Cansult Maunsell/Aecom pour les structures. Superficie de l'aménagement général : env. 1 200 ha. Calendrier : 2006-2013.

"Paul Bonatz et la gare de Stuttgart", par Anne-Marie Châtelet
L'exposition "Paul Bonatz 1877-1956, living to build between Neckar and the Bosporus" est présentée jusqu'au 20/3 au Deutsches Architekturmuseum de Francfort (cf. calendrier) puis sera, du 26/3 au 22/5, à la Kunsthalle de Tübingen. Catalogue sous la direction de Wolfgang Voigt et Roland May, Paul Bonatz 1877-1956, Tübingen/Berlin, Wasmuth, 2011, 320 p., angl./all., 35 €€.

"Les jardins font la ville", par Rémi Guinard
• Les Jardins font la ville, documentaire de Florence Mauro, co-écrit par Michel Corbou et Florence Mauro, 54', prod. Ex Nihilo/Arte/Marie Balducchi. France, 2010. Projection à la Cité le samedi 26/3, cf. p. 12, "Séquences d'architectures".
• Michel Corbou, Des Jardins dans la ville, Paris, La Martinière/Arte, 2011, 200 p., 39,90€ €.

"Les Faiseurs de villes", par Éric Furlan
Les Faiseurs de villes 1850-1950, textes rassemblés par Thierry Paquot, Gollion, Infolio, 2010, 512 p., 12 €€.

"Nous sommes tous frères", par Anne Demerlé-Got
Francesc Zamora Mola, Julio Fajardo, Nous sommes tous frères. Paysagistes et design d'extérieur, Barcelone, MaoMao, 2010, 591 p., 39,95 €€.

"Les esthétiques scientifiques de l'architecture en France", par Pierre Pinon
Estelle Thibault, La Géométrie des émotions. Les esthétiques scientifiques de l'architecture en France, 1860-1950, Wavre, Mardaga, 2010, 272 p., 35 €€.

"Coupoles de terre et habitats", par Serge Santelli
Saverio Mecca, Letizia Dipasquale (dir.), Earthen Domes and Habitats. Villages of Northern Syria. An Architectural tradition shared by East and West, Pise, éditions Ets, 2009. 480 p., 30 €€.

Mensuels parus