N°54 - décembre 2005

Banlieues

Y a-t-il une relation de cause à effet - non exclusive - entre formes urbaines des grands ensembles et “révolte des banlieues”, engageant la responsabilité des architectes et des urbanistes aux côtés de celle des politiques, de l’école républicaine et de celle des entreprises ?

La question n’est pas nouvelle, non plus que les “émeutes” qui ont fait la une des journaux de ce mois de novembre, puisque des troubles de même nature ont eu lieu dès les années 1980, en particulier dans la région lyonnaise. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur du phénomène - près de 10 000 voitures et des bâtiments incendiés1, sur quelque 150 sites en France, et plus sporadiquement en Belgique et en Allemagne. La critique des grands ensembles et les premières mesures datent pourtant des années 1970. Pour pallier la crise du logement après la guerre, résorber les bidonvilles et accueillir les populations chassées des villes par les rénovations-bulldozers des années 1960, on a construit en quantité et à bas prix, donc sur des terrains souvent excentrés et en alignant de grandes barres sur le chemin de grue, ce qui économise son déplacement. Si le confort moderne (en particulier la salle d’eau et les wc dans chaque appartement) a été vécu positivement au départ par ceux qui n’avaient rien, quelques décennies plus tard, c’était devenu normal et seuls les inconvénients demeuraient : l’isolement par rapport aux centres urbains, le manque de moyens de transport ainsi que d’équipements et de commerces de proximité, le trop grand nombre d’appartements par cage d’escalier, etc. Donc ceux qui en avaient les moyens sont partis et le processus de ghettoïsation des plus pauvres, pour la plupart immigrés, s’est mis en place avec son cortège de dégradations et de rancœurs. Pour répondre à cela, la “politique de la ville” a consisté en une série de procédures successives s’appliquant aux “quartiers difficiles”, depuis les Hvs (habitat et vie sociale) de 1972, jusqu’aux récentes ZUS (zones urbaines sensibles) en passant par les DSQ (développement social des quartiers, 1981), les ZEP (zones d’éducation prioritaire), la DSU (dotation de solidarité urbaine, 1991), le “pacte de relance pour la ville” avec les zones franches (1996)... Ces mesures comportaient toutes des volets économiques et sociaux outre des programmes de construction et de réhabilitation2. Elles ont pourtant manqué d’efficacité du fait de leur manque de continuité dans le temps (changements politiques), mais aussi parce que la crise de l’emploi doublée de celle du logement paupérise toujours plus une partie de la population, aggravant la fracture sociale. Dans ce contexte, la question de savoir s’il faut ou non détruire les grands ensembles, à l’ordre du jour depuis quelques années déjà, est paradoxale. Même s’ils sont critiquables à bien des égards, est-ce le moment de supprimer des logements quand il en manque tant, et l’urgence n’est-elle pas plutôt de mener une politique de construction active qui détende le marché du logement et permette la mobilité ?
Gwenaël Querrien

1 - Cf. “Émeutes de 2005 dans les banlieues françaises”, sur le site internet Wikipédia ; Cf. aussi les “Point de vue” de Djamel Klouche le 8/11 et de Bernard Paris le 9/11 in Le Moniteur Expert ; et le rapport 2005 de l’Observatoire national des ZUS.
2 - Cf. § Actualité, Lyon-La Duchère

Mensuels parus